This is the end

... My Friend.

J'ai longuement hésité à écrire un billet sur toi. D'une part parce qu'avec l'humilité qui te caractérisait, je ne sais pas comment tu aurais réagi ; et d'autre part, parce que j'en étais bien incapable.

Tu nous a quitté il y a plus de six mois maintenant.

Pas une journée ne passe sans que je pense à toi.
Tu as grandement participé à mon éducation, nous avions un lien particulier ; parce que nous nous connaissions très bien l'un et l'autre.

Toi, Michel, tu es la personne qui m'a fait découvrir les blagues, je crois que j'ai eu mes premiers éclats de rire à tes côtés. D'une gentillesse et d'une bienveillance hors pair, je pouvais discuter de tout avec toi.

Tu m'as aussi fait découvrir un autre cinéma, celui des petites salles, je me souviendrai longtemps du film "Y aura-t-il de la neige à Noël", que nous étions allés voir ensemble et je me souviens que je retenais mes larmes.

Toi, tu ne pleurais pas.
Enfin si tu as pleuré. Tu as pleuré lorsque je t'ai vu pour la dernière fois avant ton grand départ, quand on s'est regardés et qu'on a su l'un et l'autre que c'était la dernière fois, que cette putain de maladie qui te rongeait allait gagner. SALE PUTE.
Ce jour là, j'ai encore retenu mes larmes, parce que je ne voulais pas que tu penses que j'étais là à cause de cette maladie. Je voulais que ce soit une visite comme les autres. Je crois que c'est la plus grande épreuve à laquelle j'ai pu être confrontée jusque là.

Bref, tu n'es plus là.
Et c'est dur de perdre les gens qu'on aime.
Merci Michel, merci pour tout. Je sais que si je suis celle que je suis aujourd'hui, c'est aussi grâce à toi.
Peu importent les liens du sang, tu es de ma famille. Celle des tripes, du coeur et de l'esprit.

J'espère qu'on se reverra (mais pas tout de suite, j'ai encore 2-3 trucs à faire avant).

Ma petite entreprise

...a connu la crise. Ceux qui suivent mes péripéties sur twitter savent que cela fait quelques mois que je suis au repos forcé.
Après 12 ans de bons et loyaux services, j'ai d'abord eu le droit au chômage technique pendant six mois (durée maximum légale), puis à un licenciement économique.
Quand j'ai choisi mon métier il y a une quinzaine d'années, je pensais naïvement que l'industrie pharmaceutique était un domaine où je ne rencontrerai jamais de problème de chômage.
Eh bien si. Pour plusieurs raisons.
La première, c'est évidemment que ces grosses multinationales (même si j'étais embauchée dans une PME de mon côté) sont d'abord faites pour gagner de l'argent. Et on utilise les mêmes moyens que dans le prêt-à-porter. On va produire à l'étranger. Ça coûte moins cher, et comme avec l'arrivée des génériques, on gagne beaucoup moins d'argent qu'avant, on trouve d'autres solutions pour la production.
La seconde, c'est l'image pourrie. Tu me diras, y'a bien des boulots qui ne jouissent pas d'une excellente réputation, mais quand tu bosses dans l'industrie pharma, notamment en visite médicale, c'est le pompon. C'est de ta faute le trou de la sécu, de ta faute les scandales sanitaires (même si tu bosses ni dans la société concernée ni dans la spécialité incriminée, d'ailleurs). Bref, tout le monde sait que c'est l'hôpital qui coûte le plus cher, passons.
La troisième, c'est la fac de médecine, où on explique aux étudiants médecins que ton métier ne sert à rien, qu'au mieux on est des gens sympa avec qui prendre ton café, qu'au pire on te fera perdre ton temps, et donc, ton argent. Qu'on est des grosses quiches en scientifique, qu'on n'a rien à t'apprendre. Du coup, les jeunes médecins choisissent dans la majeure partie des cas de ne pas nous recevoir.
Je comprends bien que la visite médicale des années 80-90 ait laissé une image désastreuse de notre boulot (gros cadeaux, voyages... interdits depuis la loi DMOS de 1994), mais nous faire passer pour des abrutis complètement débiles, c'est difficile à digérer.
Ou alors, peut-être qu'on ne nous reçoit plus, justement car on n'offre plus de systèmes informatiques ou de voyages aux Antilles ?
C'est dommage. J'ai vraiment adoré mon métier. Les médecins que j'ai rencontrés étaient pour la grande majorité passionnés, bienveillants et investis. Et j'ai même la certitude, sans prétention, de leur avoir souvent appris des choses.
C'est dommage, plus de 100000 emplois supprimés en quelques années. Dans un contexte compliqué en matière d'emploi, c'est vraiment du gâchis.
La réorientation, à laquelle je pense depuis mon chômage partiel total, me parait aujourd'hui une solution plus raisonnable et pérenne. Je n'ai pas envie de devoir traverser des PSE tous les deux ans. Quelle chance nous avons de vivre en France, ce pays qui nous permet, en cas de licenciement économique notamment, de bénéficier de formations. (même si à ce jour, je n'ai pas encore de certitudes sur l'acceptation de mon dossier, je préfère être positive)

Ce que je pense de plus en plus, c'est que notre génération devra s'adapter, et ne pourra probablement plus exercer le même métier toute sa vie.

Être né quelque part

... pour celui qui est né, c'est toujours un hasard.

Imagine une seule seconde être né ailleurs qu'ici. Un ailleurs qui n'a pas toujours de démocratie, où les femmes ne votent parfois pas, où aucun système de santé ne te permet de n'avoir rien à débourser quand tu as une maladie grave. Un ailleurs où tu ne manges pas à ta faim, et où ce n'est pas l'exception. Un ailleurs où, quand tu as la gastro, ben tu vas travailler, parce que les arrêts de travail, ça n'existe pas.

Imagine. Déjà, rien que pour cela, on mesure la chance qu'on a d'être nés français.

Je sais de quoi je parle, je suis actuellement en procédure de licenciement économique, et j'ai de la chance, car en France, on peut bénéficier d'un truc qui s'appelle le CSP, et que tu peux accéder plus facilement à des formations si tu souhaites te réorienter. Vachement bien, la France, quand même.

Eh bien imagine maintenant, que, bien qu'ayant tout ce petit confort, on se retrouve en guerre.
Attention, hein, on triche pas, on parle d'une vraie guerre, la même que celle que vivent les habitants de la Syrie notamment. La guerre, tu sais, celle qui rase ta maison grâce aux missiles sol-air qui, sans faire exprès, ont loupé leurs cibles. La guerre, où, même avec ton métier hyper qualifié, intéressant et jadis bien payé, tu ne manges plus à ta faim. Celle où on viole les femmes et les fillettes. Celle où tu perds des membres de ta famille, tes amis.
La bonne grosse guerre quoi, un peu celle qu'ont vécue nos grands-parents, qui d'ailleurs nous l'ont bien racontée.

Tu décides de partir. L'exode. Tiens dis donc, comme celui que ma grand-mère m'avait raconté.
T'arrives dans un pays que tu crois merveilleux, accueillant, tolérant. Le temps que la guerre se termine, tu penses pouvoir y trouver un peu de compassion, de réconfort.
Là, on te fait passer pour de la sous-merde. T'es un médecin, une nounou, un chef d'entreprise, une employée qualifiée pour une entreprise délocalisée dans ton pays, en guerre, un infirmier, un commercial. Mais non, tout le monde te fait passer pour de la vermine, de la poussière.
On te déshumanise. Du coup tu comprends pas, toi t'es juste quelqu'un d'honnête, tu subis une guerre que t'as pas choisie. T'as forcément entendu parler de ces deux-trois connards qui sont présumés coupables de viols, tu les condamne, bien sûr, ils sont malades, comme il en existe malheureusement partout (mais bizarrement, les viols ne sont médiatisés que lorsqu'ils mettent en cause des réfugiés, on sait bien qu'il n'y a AUCUN viol commis par d'honnêtes gens de ce pays).
Tu n'as rien fait à ces gens, mais ils te détestent. En plus d'avoir perdu ta maison, tes racines, tu perds ton identité et ta dignité.

J'arrête ici la démonstration, je pense que vous avez compris. Gardez votre haine pour des choses qui en valent le coup, celle-ci ne sert à rien, sinon à vous ridiculiser.

Donnez-moi l'espoir d'y croire encore.

Mangez-moi

Nous voilà presque arrivés à la rentrée, les apéros, les bières, les cahuètes, les chipes, le côtes de Provence bien frais avec la pizza en terrasse, les viennoiseries (quoi, ça vaaa, c'est les vacances, je peux), les tapas : on en a bien profité de ces vacances.
Le bilan varie en fonction de notre métabolisme, mais souvent, c'est entre 1 et 3kg sur la balance.
Le soucis, on est gourmands et le courgette-vapeur-dos-de-cabillaud-rondelle-de-citron, ça va une fois, mais à la longue, ça déprime. Enfin moi, ça me déprime. J'ai besoin de joli et d'appétissant.
C'est ainsi que je me suis mise à la recherche d'une recette pour cuisiner mes courgettes.
Rien de bien compliqué ni de transcendant, mais j'ai pensé à une quiche aux courgettes (merci Simon de m'en avoir parlé vendredi).
Sauf que la ouiche, ça a de la pâte, que la pâte, ça a du beurre, et que c'est pas l'idée du siècle une pâte brisée quand tu veux éliminer ton gras.
C'est alors que l'idée de la quiche sans pâte est née.

Alors Maïté, que nous faut-il pour cuisiner cette recette ?

  • je vous le donne en mille : des courgettes (j'ai pris une petite jaune et une petite verte)
  • quelques tomates cerises
  • un oignon rouge (je préfère car plus digeste)
  • une gousse d'ail
  • un cuiller à café d'huile d'olive vierge, comme moi qui ne suis pas mariée (j'aime l'humour)
  • 2 oeufs
  • 50g de farine
  • une cuiller à soupe de ricotta (ou souris Michèle, c'est comme on veut) (oui, j'aime l'humour)
  • 2 verres de lait (j'ai pris du lait de soja bio, parce que je suis une bobo, et que je t'emmerde).
  • du sel (herbamare si tu as) et du poivre du moulin.

Tu tailles tes légumes, ton oignon et ta gousse d'ail.
Tu fais revenir dans la cuiller d'huile d'olive, enfin dans une poële, sinon tout ne va pas rentrer, tu ajoutes les courgettes, tu sales, tu poivres. Tu laisses 5 minutes sur le feu pis tu le coupes (pas besoin de couteau, mdr) (oui oui, je me fatigue aussi).
Pour l'appareil, tu bats deux oeufs avec la ricotta*, tu ajoutes la farine et enfin les deux verres de lait. Tu sales un peu, si tu veux.
Tu beurres un peu et farines un moule à tarte, tu y déposes délicatement tes courgettes, puis tu recouvres de ton appareil (celui que tu as préparé hein).
Tu ajoutes quelques tomates cerises et tu enfournes à 180 degrés celcius pendant 40 minutes.
Tu dégustes la quiche chaude, tiède ou froide, selon ce que tu préfères, seule ou avec une salade.
Tu peux aussi tailler des cubes et en mettre dans ta salade.
Voilà ! C'est prêt. Tu vas pouvoir enfiler ton pantalon préféré, tu sais, celui qui te fait de jolies fesses !

Si tu es mince et que tu aimes le gras, ajoute de la crème fraiche à ton appareil (deux bonnes cuillers à soupe) ainsi que du comté rapé sur le dessus, ça devrait être pas mal.

*je me suis mordue les lèvres pour ne pas faire une vanne avec battre les oeufs. Il fallait que tu le saches. Parfois, je me censure, pour le bien de mes lecteurs.

All You Need is Love

Je mets un point d'honneur à choisir un titre pour illustrer chacun de mes articles de blog. Celui-ci a été un peu plus difficile. En effet, quand j'ai demandé à Mohammed* (j'ai changé son prénom en accord avec lui) si je pouvais rédiger un article sur ses conditions d'accueil en Allemagne, mon but était de souligner à quel point l'amour de son prochain est une lacune de notre société mais qu'il est possible d'y remédier.
"All you need is love" commence par les premières notes de la Marseillaise, comme si nous, les français, qui avons cette image des habitants du pays le plus romantique au monde, serions incapables de donner, ou plutôt recevoir : puisque c'est la triste réalité. Je vais donc vous parler de Mohammed, un jeune Syrien de 21 ans, qui a été accueilli chez les parents d'un ami allemand. Je vous épargnerai toutes les raisons qui ont fait qu'il a dû quitter Alep, puisque vous vous en doutez, son pays est en guerre, et que mon but n'est pas de faire dans le pathos, mais plutôt de montrer que l'accueil d'immigrés fonctionne.
Comme je le disais précédemment, Mohammed est un Syrien de 21 ans, fin, joli garçon, qui aime rire (enfin qui feint de comprendre mes blagues donc c'est parfait), il ne porte pas de barbe, ni de djellaba ou de babouches (coucou les illustrateurs des journaux satiriques), il est musulman, il sent bon, il est propre. J'en rajoute des caisses mais l'image des migrants en France est tellement loin de Mohammed...
Mohammed est arrivé seul en Allemagne (une partie de sa famille est en Turquie, et une autre restée en Syrie). Je ne connais pas les raisons du choix de l'Allemagne pour Mohammed précisément, mais lorsque nous avons (péniblement, Mohammed ne parle pas Anglais, nous nous sommes débrouillés avec notre allemand -le sien étant bien meilleur que le mien, après un peu plus de 6 mois en Allemagne-) parlé de la France, Mohammed était un peu gêné de me dire que les musulmans n'avaient pas l'air d'être bien vus ici. Je lui ai dit qu'il avait raison, que ce pays voyait l'islamophobie envahir petit à petit chaque région de notre pays.
C'est aussi la raison qui me pousse à écrire cet article, ce que je lui ai dit, aussi.
En effet, quand j'étais petite, on ne nous parlait pas d'Arabes ni de musulmans ou de noirs, et pourtant je suis originaire d'une petite ville dont la région a accueilli de nombreux immigrés, d'abord des Harkis en 1962, puis des Turcs. La région était riche d'emplois dans l'industrie textile, la métallurgie et l'industrie automobile, et l'arrivée des ces immigrés était une chance pour la région.
Bien sûr il y avait du racisme latent, mais rien de comparable avec le sentiment de haine qu'on ressent aujourd'hui, certainement encore amplifié par les récents attentats commandités par ISIS.
Si on fait de l'histoire de comptoir de bistrot, il n'y a même pas besoin d'aller très loin pour se souvenir que, pendant la guerre, beaucoup de nos compatriotes (les plus aisés, comme les Syriens qui arrivent à quitter leur pays) avaient fuit le pays, ou pour certains, s'étaient rendus en zone non-occupée.
A 21 ans, tu ne subis pas une guerre que tu n'as pas choisie, tu as des rêves, tu veux réussir, t'amuser. Tu ne veux pas vivre la peur au ventre. Bref, tu veux être libre.
Et en Allemagne, l'accueil est réalisé dans d'excellentes conditions. En même temps, Mohammed ne pourra jamais demander la nationalité allemande puisqu'elle est régie par les droits du sang, et non du sol.
Mais comme nos gouvernants aiment prendre l'Allemagne comme pays de référence, allons-y.
Le hasard a fait que Mohammed ait été accueilli chez M. et K.
La maison de M. et K. est grande, ils ont même amménagé un studio indépendant, attenant à leur maison. L'état Allemand les dédommage de la location de l'appartement. En contrepartie, Mohammed doit apprendre l'Allemand, il a même des examens à passer (il devra obtenir le niveau A2, il passe actuellement le niveau A1).
S'il obtient ses examens, il pourra alors commencer un apprentissage et trouver un emploi.
La facilité du processus m'a totalement sidérée. Tout est très simple.
J'ai alors compris pourquoi les réfugiés ne choisissent pas la France. Quand ils obtiennent l'asile, ils n'ont alors pas le droit de travailler. Mais comment s'en sortir sans travailler ? Comment acheter sa nourriture ? Comment se loger ?
Je vois déjà un argument poindre : il y a suffisament de chômage en France, ne laissons pas "ces gens-là" nous prendre le pain de la bouche. Ah oui ? Vraiment ? Il n'y a pas eu de gros soucis de chômage en Allemagne ? Et quel pays s'en sort mieux que l'autre ?
Voilà, rien à voir. D'ailleurs, prenons l'exemple facile du manque de médecins qui, dans les dix ans à venir, sera un réel problème pour notre pays, principalement dans les campagnes. Un début de solution pourrait se trouver là, tout proche de nous.
Mohammed fait désormais partie intégrante de la famille de mon ami. Il a fêté Noël avec eux, part en voyage avec eux.
C'est d'ailleurs comme ça que je l'ai connu, il est venu avec le groupe des allemands à l'occasion de notre jumelage.
Ils ont ensuite poursuivi leurs vacances en Normandie, dans le Cotentin. Ils ont voulu visiter Jersey, et quand mon amie (bilingue français) a parlé de leur ami réfugié Syrien à la dame qui vendait les billets pour le bateau, cette dernière a ecarquillé les yeux, prise d'une sorte de panique. Ils ne savaient pas que Jersey n'était pas dans l'espace Shengen et que Mohammed n'avait pas la possibilité d'y aller avec son asile allemand.
Je garderai en mémoire la partie de foot sur la plage, les voir s'amuser ensemble dans l'eau de mer gelée, rire, vivre, tout simplement.
N'oublions pas que ce sont eux les victimes de la guerre, pas nous celles de les accueillir. Ils ont une richesse qui nous manque terriblement. L'amour.
Que la vie te soit douce, M.